Gemmologie&Francophonie x GemGenève

Gemmologie&Francophonie x GemGenève

Le 6 mai prochain, de 17 heures à 18.15, nous avons le plaisir de vous convier à notre nouvelle table ronde sur la couleur en gemmologie que nous organisons dans le cadre de GemGenève 2022. Nous nous réjouissons de vous accueillir et de vous rencontrer!

La couleur en gemmologie : nature et culture / Mezzanine

5:00 pm – 6:15 pm

La couleur est un des critères majeurs lorsque l’humain essaie de décrire la beauté. C’est d’autant plus vrai en gemmologie où la couleur peut même définir des variétés (e.g rubis pour le corindon rouge).
Certaines couleurs sont même devenues des symboles de l’excellence (Pigeon Blood, Padparacha).
Pendant cette table ronde, le but est d’évaluer l’importance de la couleur dans la gemmologie, autant pour l’évaluation sur le marché que pour sa définition scientifique.
 
Table ronde : Association Gemmologie et Francophonie
Modérateur : Boris Chauviré, docteur en géologie
Intervenants : Féodor Blumentritt (gemmologue GemTechlab), Jean-Pierre Chalain (SSEF), Marie Chabrol (enseignante, Institut de Bijouterie de Saumur), Céline-Rose David (Experte et docteur en histoire), Hélène Robert (HER jewels).

Du lien entre art lapidaire et gemmologie

Liselotte P., Léonore L., Angèle V.
Lapidaires de la Maison Piat

Traditionnellement, le lapidaire était un métier masculin mais depuis quelques années de nombreuses femmes se forment et intègrent les ateliers lapidaires. C’est le cas de la Maison Piat où désormais on compte trois femmes pour un homme. Faisons une exception grammaticale où le masculin l’emporte sur le féminin pour se focaliser sur la majorité, raison pour laquelle cet édito sera au féminin. Néanmoins, en tant qu’équipe, nous adopterons le « nous » dans ce papier.

Lorsqu’une pierre brute arrive à l’atelier, la première étape pour nous est de l’étudier très attentivement. Et selon sa valeur cela peut prendre des jours. Durant cette période, nous allons nous poser une multitude de questions : allons-nous tailler une grande pierre avec quelques inclusions ou au contraire une plus petite mais totalement pure, est-ce que des inclusions peuvent altérer la brillance de la pierre ou au contraire la fragiliser lors de la taille ? En observant le pléochroïsme, nous allons pouvoir positionner la table, plus grande facette de la pierre. Ainsi elle fera ressortir la meilleure couleur et évitera la tonalité secondaire qui pourrait assombrir la pierre ou au contraire devenir dominante.

Forte de cette étude, nous allons immerger la pierre dans une coupelle en porcelaine blanche pour voir plus facilement où se situe la zone la plus intense et la positionner dans la future culasse. La forme générale de la pierre s’esquisse dans notre esprit. Nous allons ensuite préformer le brut à main levée sur la meule de taille à la façon d’un artiste qui esquisse sa toile. A ce moment, la pierre a déjà perdu environ 50% de son poids brut. Elle est ensuite cimentée sur un bâton et placée dans un étui mécanique pour être facettée à l’évention selon le savoir-faire ancestral jurassien. La couronne est la première partie à être taillée. Cette étape se fait sur la meule arrosée d’eau et va contribuer à la perte de poids à hauteur de 15% environ.
Jusqu’à présent les facettes étaient mates à cause des traces laissées par l’abrasion de la poudre de diamant.  Dès lors que nous posons la pierre sur la meule de poli, nous allons commencer à la faire briller et à se rapprocher de la fin du processus. Cette ultime étape ôtera environ 5% du poids du brut mais prendra plus de temps que toutes les précédentes. Selon la dureté de la pierre la meule sera en cuivre ou en étain et recouverte d’un mélange d’huile et de poudre de diamant beaucoup plus fine. Exception faite pour l’émeraude qui a une meule dédiée pour éviter que la pâte noircie du polissage pénètre les givres. Le moment où le polissage de la première facette se termine est magique car c’est une fenêtre ouverte sur l’intérieur de la pierre.

En tant que lapidaire, nous mettons merveilleusement en valeur la gemmologie, notre savoir-faire réside dans la capacité à valoriser ce qui a été créé par la nature et faire ressortir toute la beauté du cristal. Ainsi celui ou celle qui aura la chance de posséder ce trésor s’émerveillera de tant de beauté.

Évaluer la qualité d’un laboratoire de gemmologie

Aurélien Delaunay
Directeur du Laboratoire Français de Gemmologie (LFG)

Les laboratoires d’analyses gemmologiques existent depuis longtemps. Les professionnels du métier se sont vite rendu compte qu’ils avaient besoin de la science pour se prémunir d’éventuelles confusions avec l’arrivée sur le marché des perles de culture et pierres de synthèse.

Le besoin est toujours d’actualité car la mentalité des consommateurs a évolué vers le commerce éthique, la traçabilité des gemmes, le besoin d’un rapport d’analyse réalisé dans un laboratoire d’analyses gemmologiques.
La demande d’analyses étant accrue, des laboratoires ont vu le jour partout dans le monde, sur les zones de marché (Thaïlande, Sri Lanka, etc.) ainsi que sur les zones de consommation (Chine, Inde, Europe, Amérique, etc.). Mais comment se crée un laboratoire et quelle confiance le consommateur peut-il avoir ?

N’importe qui peut décider, du jour au lendemain, d’ouvrir son laboratoire. Il suffit d’avoir un peu d’argent (beaucoup si le souhait est d’avoir toutes les technologies nécessaires) et un diplôme de gemmologue (se pose la question de l’institut délivrant la formation ; plutôt classique ou scientifique ? ; une expérience de laboratoire suffit-elle ?). Aucune autorité n’existe pour contrôler le sérieux des laboratoires gemmologiques. En résulte de grandes différences d’instrumentation, de procédures d’analyses, d’expérience des gemmologues, qui créent de véritables écarts dans l’analyse des gemmes. Le client aura cependant l’impression de recevoir le même résultat dans tous ces laboratoires : un rapport d’analyse. Au vu de ces écarts de procédures, les informations sur les rapports varient. Les conclusions peuvent également être différentes car plusieurs indications sont des opinions fondées sur des données scientifiques.

Comment éduquer les clients sur ces différences ? Certaines données devraient toujours être les mêmes : dimensions, masse… Mais comment ont-elles été acquises ? Avec quels instruments ? Sont-ils calibrés par un organisme indépendant ? L’environnement de travail (température, hygrométrie) est-il contrôlé ? Quelles sont les incertitudes de mesure ? Toutes ces données influencent le résultat, sans parler des cas particuliers comme les opales hydrophanes…

Chaque laboratoire se dote d’équipements (ou pas) permettant d’arriver à une conclusion (certains gemmologues indépendants donnent une conclusion sans faire d’analyse instrumentale). Tous ces instruments acquièrent des mesures, des données qui dépendent de paramètres déjà évoqués (résolution, environnement, connaissance de l’instrument, technicien opérateur, etc.). Là encore, des incertitudes sont à prendre en compte. Les analyses effectuées sont-elles valides et validées par un tiers (toute la question de l’importance de l’équipe de gemmologues expérimentée est là).

Prenons un exemple simple : la couleur d’un diamant. Sous quelle lumière la pierre est-elle observée ? Cette question est primordiale car la qualité de l’illuminant va influencer fortement la perception de la couleur. A quoi est comparée la pierre du client ? Une série de pierres étalons en diamant, des oxydes de zirconium synthétiques, ou rien ? Combien de personnes vont grader la pierre pour moyenner les couleurs observées ? Tout ceci évidement dans un souci d’impartialité (d’où l’importance d’une équipe de gemmologues expérimentés…).

Toutes ces questions doivent nous amener à une réflexion profonde sur notre métier. Quelles sont les attentes des clients ? Ont-ils besoin de conseils ou d’un rapport scientifiquement abouti ? Ont-ils besoin d’un document formaliste, bien charté, « qui en jette » ? Achètent-ils le nom d’un laboratoire connu, peu importe que l’analyse soit faite en Thaïlande, en Suisse, en France, aux USA ; avec les différences d’équipements, d’équipes et de procédures qui en découlent?

Il existe en revanche des normes internationales, posant les bases des obligations de tous les types de laboratoires, qui ne peuvent être remises en cause. La norme internationale ISO 17025 indiquent toutes les exigences générales concernant la compétence des laboratoires d’essais (comme le sont les laboratoires d’analyses gemmologiques). La norme internationale concernant la gradation des diamants est nommée ISO 24016. Ces textes sont des bases importantes sur les exigences instrumentales et de qualification des équipes. Chaque pays a son organisme d’accréditation indépendant. En France, il s’agit du COFRAC (Comité Français d’Accréditation) ; en Suisse, il s’agit du SAS (Service d’Accréditation Suisse), etc. En parallèle, les laboratoires peuvent également être certifiés RJC (Responsible Jewellery Council), ISO 9001… Toutes ces certifications et accréditations sont des bases de réflexion en attendant un organisme régulateur indépendant et international validant ou non l’ouverture d’un laboratoire.

Toutes ces certifications et accréditations sont des gages de confiance et de sécurité pour les consommateurs. Mais elles ne suffisent pas à faire d’un laboratoire, un laboratoire compétent. Ce sont les gemmologues, les procédures d’analyses, le matériel et les certifications qualifiant sa bonne utilisation, qui donnent aux laboratoires ses lettres de noblesse et sa reconnaissance scientifique. L’ancienneté d’un laboratoire est également un critère important car l’expérience acquise, les données de référence accumulées, sont des forces dans l’analyse des gemmes.

Il faut donc sensibiliser les clients et les consommateurs face aux différences tarifaires existantes, représentatives des différences d’analyse entre les laboratoires. L’information est la base de tout. Si vous êtes informés, vous utiliserez les laboratoires en connaissance de cause et en fonction de vos besoins réels.

GemGenève 2021 : la gemmologie face aux défis sociétaux, environnementaux et scientifiques

En novembre dernier lors de GemGenève, nous avions le plaisir de pouvoir tenir notre table ronde sur les défis de gemmologie.

Le panel était composé comme suit :
– Nawal Aït-Hocine, conseillère stratégique du RJC et directrice de A Positive Impact (Genève)
– Faye Caris, Maison Piat Suisse
– Jean-Pierre Chalain, Responsable du département diamant, SSEF
– Aurélien Delaunay, Directeur du Laboratoire Français de Gemmologie
– Sandiah Kangouté, Account manager chez Itraceit
– Franck Paucod, Associé chez Mazars
– Karin Schmoker, Enseignante auprès des Arts Appliqués de Genève, CFPA

Gemmologie&Francophonie x GemGenève 2021

Malgré le contexte international toujours fragile, le salon GemGenève a annoncé il y a quelques semaines les dates de sa future édition. Le salon se tiendra donc du 4 au 7 novembre 2021 à Palexpo, à coté de l’Aéroport International de Genève.

Dans cette optique, nous sommes ravis de vous annoncer la collaboration de Gemmologie & Francophonie avec l’équipe du salon. A l’occasion de la nouvelle édition, nous organisons une table ronde avec des acteurs du marché et de l’expertise le vendredi 5 novembre 2021 de 15h30 à 17h avec pour thème:
 
La gemmologie face aux défis sociétaux, environnementaux et scientifiques
 
Traçabilité et durabilité sont au centre des nouvelles exigences de l’horlogerie et la joaillerie.
Cette table ronde offre une occasion d’examiner les aspects les plus importants de la chaîne de valeur des matières premières précieuses. Les intervenants de ce forum devraient parler des progrès réalisés, discuter des obstacles et des lacunes qui existent ainsi que des solutions innovantes pour les surmonter.
L’auditoire sera encouragé à prendre part aux débats à travers des questions et des commentaires.
 
Le panel se composera comme suit :
Nawal Aït-Hocine, conseillère stratégique du RJC et directrice de A Positive Impact (Genève)
Faye Caris, Maison Piat Suisse
Jean-Pierre Chalain, Responsable du département diamant, SSEF
Aurélien Delaunay, Directeur du Laboratoire Français de Gemmologie
Sandiah Kangouté, Account manager chez Itraceit
Franck Paucod, Associé chez Mazars
Karin Schmoker, Enseignante auprès des Arts Appliqués de Genève, CFPA


L’animation de la table ronde sera réalisée par Martial Bonnet, Marie Chabrol, Boris Chauviré et et Chloé Picard

Nous avons déjà hâte de vous accueillir pour ce rendez-vous !
 
Et pour ceux qui ne peuvent être là, vous pourrez nous suivre en ligne en vous inscrivant via ce lien

Le colloque de gemmologie de l’Institut de bijouterie de Saumur, 11 octobre 2021

Le 11 octobre 2021, l’IBS a accueilli un colloque de gemmologie organisé conjointement par la section du Brevet Professionnel Gemmologue et l’association Gemmologie & Francophonie.

Cette très belle journée a rassemblé près de 150 personnes, élèves actuels comme anciens, professionnels du secteur de la joaillerie venus de toute la France

8 experts sont venus nous parler de sujets très différents, permettant à tous et à toutes de découvrir et de s’enrichir sur des thèmes d’une grande diversité:

– Boris Chauviré, enseignant et chercheur en minéralogie, géologie et gemmologie sur les opales

– Florian Le Goff , lapidaire et enseignant aux Herbiers, sur la taille des gemmes

– Ugo Hennebois, gemmologue auprès du Laboratoire Français de Gemmologie (LFG) sur les dépôts atypiques auprès du laboratoire

– Blanca Mocquet, géologue et gemmologue, enseignante à l’école Tané , sur la méthode de détermination Yves Lulzac

– Aurélien Delaunay, Directeur du LFG, sur les diamants synthétiques

– Emmanuel Thoreux, négociant White River Gems, sur les pierres nord-américaines

– Raphaël Griffon, joaillier à Nantes, nous a présenté les premières images exclusives de son film sur l’or en Amazonie qui sortira fin 2022

– Emmanuel Fritsch, docteur en physique des matériaux, gemmologue, CNRS, sur l’origine de la couleur dans les gemmes

Cette journée fut placée sous le signe de la découverte et de la bonne humeur. Merci à tous et à toutes pour votre implication qui a rendu cet événement possible !

Une belle équipe de gemmologues rassemblée pour cette journée: M. Emmanuel Fritsch, M. Ugo Hennebois, M. Aurélien Delaunay, M. Steven Riou, Mme Blanca Mocquet, M. Boris Chauviré, M. Raphael Griffon, Mme Léonore Landais, Mme tessa Fougou, M. Berbard Lasnier, M. Emmanuel Thoreux, M. Nicolas Dubois, M. Richard Chambiron, Mme Maelys Lacellerie, Mme Elsa Laguilliez, Mme Aurore Says, Mme Marie Chabrol

Bandes d’absorption peu connues dans les spectres infrarouges du corindon : que signifient-elles ?

Martial Bonnet¹, Emmanuel Fritsch²

1Centre de Recherches Gemmologiques, Nantes, France
2Institut des Matériaux Jean Rouxel (IMN) & University of Nantes, Faculté des Sciences et des Techniques, 2, rue de la Houssinière, BP 32229 Nantes, cedex 3 France

Nous avons étudié cinq saphirs jaunes moyens facettés de couleur similaire (N1 à N5, 0,078 à 0,098 ct), vendus comme naturels, ce qui a été confirmé par un laboratoire de renommée internationale. Tous les cinq présentaient des bandes d’absorption infrarouge peu décrites dans la littérature (Figure 1). Ils étaient très purs, ne présentaient pas de lignes de Plato ni de luminescence ultraviolette. Cependant, leurs spectres infrarouges contenaient des bandes connues pour être présentes dans le saphir naturel, traité ou synthétique, et qui ne sont pas liées aux inclusions. Par exemple, les bandes à environ 3025, 2980, 2625, 2465 et 2415 cm-1 ont été enregistrées dans un saphir synthétique orange cultivé par fusion (Hummel, 2019). Nous avons également trouvé des bandes à environ 3033, 3025 et 2980, qui sont enregistrées dans des saphirs Punsiri, traités thermiquement ainsi que dans des saphirs naturels  » basaltiques  » (Sangsawong et al., 2016).

Pour la première fois, nous tentons de consolider ces données variées en nous basant sur des positions de bandes approximatives et des largeurs grossièrement estimées (Tableau 1).

Pour simplifier les choses, nous nous sommes limités à la plage 3400-2400 cm-1. Nous ne mentionnons pas les motifs qui sont déjà relativement bien connus comme les séries à 3309 et 3160 cm-1 (y compris la caractéristique 2420), et ceux observés dans les synthétiques hydrothermaux par Scarratt (2017). Les pics à 2920 et 2850 cm-1 sont des artefacts dus aux « empreintes digitales » (sébum des empreintes digitales.) Nous nous retrouvons avec 19 bandes, mais la comparaison des maxima apparents et des vrais maximas des composantes gaussiennes individuelles s’est avérée difficile (d’où les nombreux points d’interrogation du tableau 1). Par exemple, les deux composantes à 3040 et 2995 cm-1, données par Fukatsu et al. (2003) peuvent générer les maximas apparents autour de 3025 et 2980 cm-1. De plus, le spectre du saphir dopé au Mg de Fukatsu et al. (2003) est très différent de la série de 3160 cm-1 réputée liée au Mg et observée dans les gemmes naturelles. La seule façon de déterminer la position exacte des composantes, et éventuellement de réconcilier ce travail avec les données publiées précédemment, est de procéder à une décomposition avec contraintes des spectres inhabituels enregistrés.

Comme beaucoup de ces bandes sont générées par le dopage du corindon avec du magnésium, un ion divalent (Mg2+), on s’attendrait à ce qu’une lacune soit générée pour la compensation de charge de la substitution de Al3+. Nous pensons que plusieurs des caractéristiques observées par Fukatsu pourraient être liées à une lacune. Cette lacune est probablement similaire à celle créé par la substitution du béryllium, également un ion divalent. Il n’est donc pas surprenant que leurs absorptions infrarouges correspondantes se situent dans la même gamme spectrale.

En attendant, la similitude de ces spectres inhabituels dans les corindons naturels, traités et synthétiques reste déroutante et inexpliquée.

References

Fukatsu N., Kurita N., Oka Y., Yamamoto S., 2003. Incorporation of hydrogen into magnesium-doped α-alumina, Solid State Ionics, 162-163, 147-159.

Hummel G., 2019. Etudes en spectroscopie infrarouge d’une collection de saphirs jaunes à orange, DUG diploma, Nantes University, 61 p.

Sangsawong.S., Pardieu V, Raynaud V, Engniwat S, 2016. « Punsiri » type FTIR Spectral Features in natural yellow sapphires, Gems & Gemology, 52-3, 325-327.

Scarratt K., 2017. Seeing infrared. Deconstructing the infrared spectra of corundun, 143-149. In Hughes R.W., Manorotkul W., Hughes B.: Ruby & Sapphire – A gemologist’s guide, Lotus, Bangkok, Thailand.

Les laboratoires de gemmologie

Aurélien Delaunay
Directeur du Laboratoire Français de Gemmologie (LFG)

Les laboratoires d’analyses gemmologiques existent depuis longtemps. Les professionnels du métier se sont vite rendu compte qu’ils avaient besoin de la science pour se prémunir d’éventuelles confusions avec l’arrivée sur le marché des perles de culture et pierres de synthèse.

Le besoin est toujours d’actualité car la mentalité des consommateurs a évolué vers le commerce éthique, la traçabilité des gemmes, le besoin d’un rapport d’analyse réalisé dans un laboratoire d’analyses gemmologiques.
La demande d’analyses étant accrue, des laboratoires ont vu le jour partout dans le monde, sur les zones de marché (Thaïlande, Sri Lanka, etc.) ainsi que sur les zones de consommation (Chine, Inde, Europe, Amérique, etc.). Mais comment se crée un laboratoire et quelle confiance le consommateur peut-il avoir ?

N’importe qui peut décider, du jour au lendemain, d’ouvrir son laboratoire. Il suffit d’avoir un peu d’argent (beaucoup si le souhait est d’avoir toutes les technologies nécessaires) et un diplôme de gemmologue (se pose la question de l’institut délivrant la formation ; plutôt classique ou scientifique ? ; une expérience de laboratoire suffit-elle ?). Aucune autorité n’existe pour contrôler le sérieux des laboratoires gemmologiques. En résulte de grandes différences d’instrumentation, de procédures d’analyses, d’expérience des gemmologues, qui créent de véritables écarts dans l’analyse des gemmes. Le client aura cependant l’impression de recevoir le même résultat dans tous ces laboratoires : un rapport d’analyse. Au vu de ces écarts de procédures, les informations sur les rapports varient. Les conclusions peuvent également être différentes car plusieurs indications sont des opinions fondées sur des données scientifiques.

Comment éduquer les clients sur ces différences ? Certaines données devraient toujours être les mêmes : dimensions, masse… Mais comment ont-elles été acquises ? Avec quels instruments ? Sont-ils calibrés par un organisme indépendant ? L’environnement de travail (température, hygrométrie) est-il contrôlé ? Quelles sont les incertitudes de mesure ? Toutes ces données influencent le résultat, sans parler des cas particuliers comme les opales hydrophanes…

Chaque laboratoire se dote d’équipements (ou pas) permettant d’arriver à une conclusion (certains gemmologues indépendants donnent une conclusion sans faire d’analyse instrumentale). Tous ces instruments acquièrent des mesures, des données qui dépendent de paramètres déjà évoqués (résolution, environnement, connaissance de l’instrument, technicien opérateur, etc.). Là encore, des incertitudes sont à prendre en compte. Les analyses effectuées sont-elles valides et validées par un tiers (toute la question de l’importance de l’équipe de gemmologues expérimentée est là).

Prenons un exemple simple : la couleur d’un diamant. Sous quelle lumière la pierre est-elle observée ? Cette question est primordiale car la qualité de l’illuminant va influencer fortement la perception de la couleur. A quoi est comparée la pierre du client ? Une série de pierres étalons en diamant, des oxydes de zirconium synthétiques, ou rien ? Combien de personnes vont grader la pierre pour moyenner les couleurs observées ? Tout ceci évidement dans un souci d’impartialité (d’où l’importance d’une équipe de gemmologues expérimentés…).

Toutes ces questions doivent nous amener à une réflexion profonde sur notre métier. Quelles sont les attentes des clients ? Ont-ils besoin de conseils ou d’un rapport scientifiquement abouti ? Ont-ils besoin d’un document formaliste, bien charté, « qui en jette » ? Achètent-ils le nom d’un laboratoire connu, peu importe que l’analyse soit faite en Thaïlande, en Suisse, en France, aux USA ; avec les différences d’équipements, d’équipes et de procédures qui en découlent?

Il existe en revanche des normes internationales, posant les bases des obligations de tous les types de laboratoires, qui ne peuvent être remises en cause. La norme internationale ISO 17025 indiquent toutes les exigences générales concernant la compétence des laboratoires d’essais (comme le sont les laboratoires d’analyses gemmologiques). La norme internationale concernant la gradation des diamants est nommée ISO 24016. Ces textes sont des bases importantes sur les exigences instrumentales et de qualification des équipes. Chaque pays a son organisme d’accréditation indépendant. En France, il s’agit du COFRAC (Comité Français d’Accréditation) ; en Suisse, il s’agit du SAS (Service d’Accréditation Suisse), etc. En parallèle, les laboratoires peuvent également être certifiés RJC (Responsible Jewellery Council), ISO 9001… Toutes ces certifications et accréditations sont des bases de réflexion en attendant un organisme régulateur indépendant et international validant ou non l’ouverture d’un laboratoire.

Toutes ces certifications et accréditations sont des gages de confiance et de sécurité pour les consommateurs. Mais elles ne suffisent pas à faire d’un laboratoire, un laboratoire compétent. Ce sont les gemmologues, les procédures d’analyses, le matériel et les certifications qualifiant sa bonne utilisation, qui donnent aux laboratoires ses lettres de noblesse et sa reconnaissance scientifique. L’ancienneté d’un laboratoire est également un critère important car l’expérience acquise, les données de référence accumulées, sont des forces dans l’analyse des gemmes.

Il faut donc sensibiliser les clients et les consommateurs face aux différences tarifaires existantes, représentatives des différences d’analyse entre les laboratoires. L’information est la base de tout. Si vous êtes informés, vous utiliserez les laboratoires en connaissance de cause et en fonction de vos besoins réels.

Doit-on protéger le métier de gemmologue?

Marie Chabrol
Enseignante formatrice en gemmologie à l’IBS Saumur
Journaliste

Il y a quelques semaines, mes élèves, facétieux, me faisait parvenir la vidéo d’un certain Morgan VS, youtubeur de renom si on en croit les 1,19 millions d’abonnés qui le suivent. Me voilà donc devant une vidéo qui m’aurait bien fait rire il y a vingt ans, mais indéniablement, je ne suis plus dans la cible de ce monsieur. « Pierre Précieuse à 1 euros VS 1 200 000 euros », voilà le titre racoleur de cette vidéo de 20 minutes qui aura quand même attiré près de 800,000 spectateurs.

Dans ce programme, nous découvrons un gemmologue – M. Lucas Escoto – installé 10 rue de la Paix à Paris; une adresse connue de toutes les personnes souhaitant se domicilier avec une activité en lien avec la joaillerie à quelques encablures de la Place Vendôme. Sur les internets, l’homme dit être diplômé de l’Institut National de Gemmologie et expert en pierres précieuses. Tout au long des vingt minutes, il nous explique de nombreuses choses sur les pierres gemmes, un florilège de bêtises dans lequel on retiendra que la tourmaline fait partie de la famille des grenats, que la rubellite à les avantages du rubis sans son prix et que les spinelles sont des cousins des corindons…etc. Je m’arrête là. Nul besoin de détailler toutes les absurdités entendues durant 20 minutes. Ajoutons quand même que 51000 personnes ont trouvé cette vidéo instructive. Ce n’est pas moi qui le dit mais les statistiques publiques sur YouTube.

Mes élèves ont bien ri, même si, après quelques mois de formation ils ont bien compris l’étendu du problème. Faisant preuve de pédagogie, et retenant un certain découragement palpable, j’ai tenté de répondre à leurs questions : pourquoi des gens se disaient-ils gemmologues s’ils ne l’étaient pas ? Comment permettre aux clients de s’y retrouver et avoir confiance ? Pourquoi le décret français de 2002 était encore si mal appliqué ? Nous avons aussi évoqué les « turquoises vertes du Turkménistan » ou ce « Rainbow chrysocolle » qui font encore tant de mal à la profession, sans parler des traitements qui se doivent d’être déclarés et qui ne sont toujours pas…
Alors bien sûr, sur les réseaux sociaux, de nombreux professionnel(le)s se seront insurgés contre cette vidéo, déplorant, encore, qu’en 2021, nous en soyons toujours au même point. Mais qu’en est-il des réactions officielles ? Et bien pas grand-chose… Comme à chaque nouvelle affaire, comme à chaque nouveau problème, le métier reste, à mon goût, un peu trop silencieux.

Alors, je me demande, quand le titre de gemmologue sera enfin protégé ? Pour s’installer comme coiffeur, il faut – en France – un BP coiffure par exemple. On ne peut pas s’installer comme médecin, notaire ou commissaire-priseur comme on le souhaite. Si d’un pays à un autre, les réglementations changent, ces métiers comme bien d’autres sont un minimum encadrés. Alors, pourquoi pas celui de gemmologue ?

Je n’ai pas de solution toute faite, je sais juste qu’à chaque nouvelle affaire, un peu plus de mal est fait au métier, la confiance s’érode encore un peu plus. Il faut encore réexpliquer, recommencer. Quand au public, aux clients ? Et bien, il leur faut trouver des sources d’informations sûres, elles ne sont pas légion et parfois plus compliquées à trouver qu’une vidéo sur YouTube… L’éducation est certes la clé, mais malgré tous nos efforts, il semble que nous soyons encore loin de notre but. Je vous rassure, je n’ai pas perdu la foi, il en faut bien plus pour me décourager. Mais je rêve d’un jour où ce genre de chose n’existera plus.

 

Au sujet de la gemmologie

Marie-Hélène Corbin
Directrice et Présidente de l’École de Gemmologie de Montréal

Symbole esthétique pour les uns, symbole géologique pour certains, un morceau d’histoire pour les autres : la gemmologie offre à chacun ce qu’il souhaite y trouver. Que ce soit la fascination ressentie devant une gemme et la palette de couleurs qu’elle dévoile ; qu’il s’agisse de la compréhension du phénomène géologique, par l’observation des incroyables inclusions que peut recéler une pierre ; que ce soit un voyage dans le passé en admirant un bijou d’une autre époque : c’est ça la gemmologie.

On pourrait dire que la gemmologie est finalement cette capacité à regrouper différents mondes, diverses personnes, de tous les milieux, satisfaire mille curiosités, grâce a une seule et même passion : celle des gemmes.

Que vous aimiez l’économie, la finance, l’histoire avec un grand H, l’écriture, ou l’approche scientifique, la gemmologie répond ainsi aux intérêts de chacun, tout en permettant de développer ses connaissances dans d’autres domaines, et ainsi ouvrir de nouvelles portes et possibilités.

Cette année 2020 entraîne une vraie transformation au niveau mondial, des changements profonds, une remise en question personnelle. Le monde de la gemmologie n’est pas épargné et se trouve également en pleine mutation. Il est ainsi plus que jamais temps de faire partie de la famille des gemmologues de demain, de participer à cette nouvelle génération qui souhaite amener le changement et travailler dans le domaine des gemmes avec une conscience plus honnête et sereine, respectueuse des hommes et de l’environnement.

L’accord de Kimberley en 2003, l’arrivée des diamants synthétiques sur le marché et des nouvelles techniques pour les détecter, la volonté de réaliser la traçabilité des gemmes par certains laboratoires montrent la volonté de changement du monde de la gemmologie. L’enseignement lui-même évolue : de nouveaux acteurs font leur apparition, proposant des cours plus complets et modernes, orientés sur une réalité du marché et les demandes des étudiants, des approches plus scientifiques et dynamiques sont proposées.

On pourrait dire que 2020 célèbre l’entrée de la gemmologie dans une ère scientifique et humaniste.